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Le Raid

Publié, le 25/05/2012 á 13h32


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Salut amis sportifs ou non, Véttaciens ou non, voici mon "petit" compte rendu suite à ma participation au Raid "les chemins du soleil 2012"  

Un raid, c’est une aventure, elle démarre souvent par une amitié entre copains, un défi que l’on se lance, mais cela reste toujours une affaire personnelle, avec cette question fondamentale : vais-je tenir jusqu'au bout ??  

Alors, voici mon histoire, mon raid, ma victoire sur moi-même.  

Mon histoire démarre dimanche dernier, à la fin de notre rando dominicale, en plat pays. Philou, me voyant bien fatigué après ma chasse-poursuite sur « mon petit 26 pouces », derrière les 3 nouveaux 29 pouciers du club, me glisse : « chez Bike Paradise, il y a 2 vélos d’occaz à saisir. Si tu en veux un dépêches-toi !! »

Dès le lundi, je fais affaire et me voici moi aussitôt propriétaire d’un « grand et beau VTT quasi neuf». Problème, je n’aurai pas le temps de l’essayer avant de partir pour les Alpes !! Un vrai risque que de faire une telle épreuve sans connaître sa monture !! Je suis joueur, c’est parti…  

Un raid, cela se prépare physiquement, mais il faut aussi préparer son matos, ne rien oublier, ne rien négliger !! Nous partirons pour 3 jours de vélos, il faut donc beaucoup d’affaires, mais pas trop, car nous devons tout porter dans le train et tout rapporter au retour… avec la fatigue en plus !! La question de la météo est fondamentale et les prévisions ne sont pas très optimistes, alors il faut en tenir compte sérieusement.  

L’aventure commence au départ de chez soi : porter son vélo démonté + ses bagages, dans le train, puis de gare en gare, et ensuite d’hôtel en chambre d’hôtes. Pour moi, une galère qui finira par être pénible, principalement pendant le trajet retour. D’autant plus que ces bagages encombrants agaceront quelques fois les autres voyageurs !! Il faut dire qu’à l’arrivée à Valence, nous étions quelques dizaines de concurrents à converger vers Gap. Un vrai cauchemar pour la chef de bord du TER !!     

Me voici sur la ligne de départ vendredi matin, après une bonne nuit dans un hôtel situé dans le centre de Gap, avec mes 3 petits camarades d’expédition : Laurent, Antoine et Pédro (un copain d’Antoine). Ces 3 lascars sont des « raideurs » expérimentés, ils en ont plusieurs à leurs actifs. Moi, je suis le « bleu » du groupe.



 La pluie s’est invitée dès le premier jour, mes petits camarades sont très inquiets, moi pas trop encore, je suis plein d’optimisme et insouciant face à ce qui m’attend !!  

A 7h30, environ 550 passionnés, parce qu’il le faut, c’est indispensable, s’élancent joyeusement du centre de la jolie ville de Gap à l’assaut de la montagne, à l’assaut des Alpes, rien que cela, avec au programme de ce premier jour : 70 km à parcourir avec un dénivelé positif de plus de 3 000 m. Il y a dans ce joyeux peloton, des hommes et des femmes de tout âge et de différentes nationalités. Il y a énormément de belges et d’hollandais. Mais comment font-ils pour s’entrainer dans leurs plats pays ces braves gens ?? Il y a aussi 2 tandems, cela seraient-ils encore plus fous que les autres ?? Lors du briefing de la veille au soir, l’organisateur nous a même dit qu’un concurrent avait réalisé l’exploit (le mot est faible) de faire ce périple avec un seul bras !! Dantesque !! 

Cette première journée va s’avérer cauchemardesque pour beaucoup. La pluie a transformé beaucoup de sentiers en coulées de boue, impossible de se couvrir convenablement pour se protéger de la pluie, avec un corps qui a parfois trop chaud et parfois très froid, nous sommes tous transformés en grosses éponges ruisselantes. Dans notre programme du jour, nous avons eu une cerise sur le gâteau : au moins 3 heures de portage de nos vélos, avec quelques passages, limite dangereux, tellement dangereux que cela bouchonnait derrière, car beaucoup avançaient très prudemment.  

Les quelques singletracks intéressants sont souvent parsemés de cailloux pointus (les autres sont tranchants), de traces profondes, de bidons tombés (preuves des chocs), de branches de sapins et de racines gluantes (beurk), ce qui ne m’amusent pas vraiment. Où est donc cette rando-plaisir que j’avais tant imaginé et que les copains m’avaient décrite dans le train ??  Tout le monde est un peu abattu, mais Laurent va l’être un peu plus que les autres, juste avant le 3ème ravito. Une crampe à la cuisse l’a foudroyé et le moral est plombé. En plus, il a mal au pied et il parle déjà d’abandonner, de « bâcher » comme on dit.  L’esprit club va jouer tout son effet, nous allons l’accompagner les 30 derniers kilos, afin qu’il ne cède pas au découragement total et à la « misère ». C’est très dur pour lui, son corps a lâché, « il est vidé » comme il dit et le mental ne peu plus rien faire, c’est trop tard !! Nous sommes tristes aussi et essayons la dérision et l’esprit de camaraderie, mais rien n’y fera, le lendemain, il attrapera le premier train pour la Touraine. Il ne sera surement pas le seul, car seulement 375 concurrents passeront la ligne d’arrivée dont certains ont probablement terminés par la route !!  

Dommage que la pluie ait tout gâché, car nous avons traversé des paysages magnifiques, couverts de fleurs alpines entourées de monts encore couverts de plaques de neige. Le plafond était très bas et nous n’avons pas pu profiter de l’altitude pour découvrir les Alpes qui nous entouraient. « Les chemins du soleil » ?? Pas cette année !!  

De mon côté, j’essaie de régler mon nouveau VTT et de m’habituer à de nouvelles sensations, mais dans les descentes, je suis un peu « bloqué », j’ai souvent les mains sur les freins, je ne suis pas encore en confiance et me sens un peu perché sur ce grand vélo. Pas grave, j’y vais mollo, car ma chute d’il y a deux ans est toujours présente dans mon esprit, j’ai eu trop mal pour prendre des risques !! Le soir, nous sommes accueillis dans une chambre d’hôtes, par les propriétaires, des marseillais absolument merveilleux. Nous avons droit au jet d’eau pour laver nos vélos et nos affaires, aux transports de nos bagages du camp de base au gite, Madame nous propose même de nous laver quelques fringues si nécessaire !! Nous pensons à ceux qui ont opté pour le camping, avec queues monstrueuses pour laver le matériel, pour aller aux toilettes et pour prendre la douche (chaudes pour les premiers, froides pour les suivants et glacées pour les derniers !!).  

Bilan de jour : une chute sur l’épaule sans gravité pour Pédro, une chaine cassée pour ce dernier, dès le départ de la course (il a appelé son alter-cheminot-égo à la rescousse), une petite chute pour Le Toine (le-susdit cheminot), une douleur très importante sur le dessus du pied pour moi à cause du portage et d’une paire de chaussure prévue pour faire du VTT pas de l’alpinisme, un abandon pour Laurent et une grosse fatigue pour tout le monde !! Et puis, entre 8 et 9 heures de selle !! 

Au matin du deuxième jour, nous partons, juste après les élites, les pros, les extras terrestres, ceux qui ne doivent pas avoir de cerveaux pour aller aussi vite dans la montagne sur les chemins des bouquetins!! Ils vont pratiquement deux fois plus vite que nous. Cette année, le plateau est très élevé, avec des champions français et étrangers aux palmarès époustouflants, comme Thomas Dietsch, par exemple.  

Tous les 3, nous sommes arrivés suffisamment tôt pour nous glisser sur la ligne de départ, pas seulement pour les photos (quoique, ça fait chouette dans l’album reportage que je me suis mis en tête de réaliser) mais pour éviter les embouteillages du départ !! J’ai profité de notre attente pour me faire tirer le portrait, à côté d’un grand champion français présent et représentant le département, Gwendal Peizerat, champion olympique avec Marina Anissina en 2002 de patinage artistique. 

La bonne et grande nouvelle du jour, c’est qu’il a plu une bonne partie de la nuit (angoisse !!) mais que ce matin, il fait beau. Les prévisions étaient pessimistes et nous aussi, alors, nous ne boudons pas notre plaisir et croisons les doigts (enfin pas en roulant, c’est trop dangereux !!). 

Nous voilà donc partis, gentiment, par une ascension qui n’en finit pas, une grimpette qui n’existe qu’en montagne, pas en Touraine, pour un périple de 82 km avec un dénivelé de 2740 mètres… c’est tout !! Tout se passe bien pour moi (et mes mollets) jusqu’à ce que je traverse un champs de mines, c'est-à-dire un chemin assez large, réceptacle de ce que balance les flancs supérieurs de la montagne, précisément des gros pavés de silex tranchants et acérés, entre autres. Dans le dernier passage entre deux blocs, petite faute de pilotage et voilà mon pneu arrière tailladé sur 3 cm de large. Cela a fait pffffffffooouuuuu… et en 1 seconde ma course poursuite avec Antoine s’est arrêtée nette !! Seulement voilà, je n’avais pas pris la précaution de demander à Pédro de me donner un bout de pneu pour stopper l’hémorragie du latex, en pareille situation, comme c’était prévu. Alors, il ne me restait plus qu’à jouer au Mac Gayver !! Je déballe tout le contenu de mon camel-back et récupère un bout de carton pour tenir jusqu’au prochain ravito. Là-bas, par chance, un type sympa m’en a donné un bout pour pouvoir continuer ma route. Résultat deux dépouillages de ma roue arrière et beaucoup de temps passé. Pas grave, ce n’est qu’un problème mécanique, moi je vais bien, merci !!  

Sur le chemin retour, je retrouve mon ami Pédro sur le bas côté en train de… réparer sa chaine cassée, et de deux !! Je lui donne un petit coup de main et nous finirons ensemble cette deuxième journée terrible pour moi, avec des chemins en terrasse (comme ils disent là-bas) c'est-à-dire que si tu te loupes, tu plonges de quelques dizaines de mètres, dans le précipice, avec comme comité de réception… nos amies les rochers. Il faut dire qu’ils sont drôlement beaux, mais en photos seulement !! Comme me dit un belge derrière moi, « faut être du quartier pour rouler là-dessus » avec son bel accent belge… une fois !! D’ailleurs, à l’entrée de l’une des dernières descentes, un bénévole de l’organisation nous attend pour nous demander d’être très prudents parce que les pompiers ont déjà ramassé plusieurs personnes avec une clavicule cassée. En fait, chez nous, nous parlons de descentes dangereuses, pour les vététistes montagnards, il s’agit de descentes « engagées » !! Ma décision est prise, ce sera pieds à terre, parce qu’il n’y a pas de honte à descendre de son beau destrier tout neuf, pour préserver ses vieux os, en phase de décalcification avancée!!  



Pendant ce temps là, Antoine a su gérer son effort et a roulé à sa main. Il nous attendait… au bistrot, à côté de la ligne d’arrivée, avec une bière !! Il n’y a pas mieux pour refaire son stock de sels minéraux et d’oligoéléments, après de tels efforts !! D’ailleurs telle était notre punition chaque soir… eh, y a pas de mal à se faire du bien, quand on vient de se faire du mal !! Parce que ce deuxième jour fut vraiment terrible, avec des montées à près de 20% (parfois) qui n’en finissaient pas et des descentes comme je n’en avais vu que sur les livres !! Je suis allé jusqu’au bout de moi-même pour boucler ce deuxième tiers.  

Bilan, Antoine était heureux et même pas fatigué, Pédro nous a fait le coup de la casse journalière de sa chaine et un pompier a mis deux tours de sparadrap… sur ma chaussure pour soulager mon dessus de pied. A l’arrivée, j’étais totalement vidé… comme une truite !! Bon, il faut bien dire que nous n’étions pas venus ici pour enfiler des perles… de toute façon, j’avais oublié mes lunettes !! Encore et toujours, entre 8 et 9 heures de selle… parce que nous sommes un peu lents !!  

Au matin du troisième jour, la pose du postérieur sur la selle était, comment dire pudiquement, très inconfortable. Comme a dit un gars sous la douche collective le dernier soir, à un de ses copains, j’ai l’impression d’avoir un cul de babouin !! Moi, je n’ai pas osé regarder le mien, ça m’aurait foutu la trouille !! Et, comme dit Antoine « on va y laisser des plumes »… moi j'ai rajouté, « et des poils aussi !! ». On peut bien être poète et sportif après tout… D’ailleurs, tant que j’y suis, toujours Antoine, fort de ses expériences et toujours pour me rassurer, m’a dit dès le départ, « tu verras Pepel, à la fin tu n’auras plus d’organes », j’avoue que je n’avais pas d’idée précise de ce qu’il voulait dire… maintenant je commence à mieux comprendre !!    

Cette dernière étape sera la plus courte, mais bien suffisante pour nos muscles endoloris et toxinés. Il nous restait à parcourir 58 km avec un dénivelé positif de 1900 mètres. Une bagatelle, enfin, ça, c’est sur le papier, parce que les 5 heures de selles supplémentaires ne furent pas tout à fait tranquilles. Les Alpes, ce n’est pas la Beauce !! De toute façon, les montagnes plates, je n’en ai pas vu beaucoup entre Gap et Valence !! Bref, on s’est fait de magnifiques petites descentes et des gentillettes petites montées qui font quand même mal, mais quand ça sent bon la fin, on retrouve des jambes toutes neuves !! Tout est dans la tête, c’est tout !!  

Pedro nous a refait le coup de la chaine qui pète… elle aussi !! Ben oui, parce que nous, à force d’avoir les organes brassés, on se finit par avoir tout de mélangé dans le ventre, et, le corps, pour se défendre, il sécrète. Il sécrète quoi ?? des gaz terribles, limite mortels pour ceux qui n’ont pas eut les premières doses homéopathiques dès les premiers jours. Clairement, la dernière nuit, il était interdit d’allumer la lumière dans notre dortoir pour éviter l’explosion. Les boules puantes, à coté, ressemblent à des bouteilles d’eau de Cologne, c’est vous dire… Ami Poète disais-je !!  

Nous nous sommes réunis pour finir les derniers kilos ensemble et passer la ligne d’arrivée en ligne. C’est beau l’amitié. On s’est fait un petit sentier d’école, rempli de gros gros cailloux de là-bas, des ronds et des pas ronds, des énormes et des petits, avec une descente régulière et technique qui vous fait aimer le VTT. Nous étions à la queue leuleu (en tout bien tout honneur !!) avec une concentration maximum pour éviter la faute d’attention qui vous prive de la photo finale et vous mène droit à l’hosto, comme c’est arrivé à quelques uns des participants 2012. J’ai terminé avec les bras et les avant-bras en feu. En fait, j’ai tout donné, tout laissé là-bas !!

Amoureux des photos souvenirs, je me suis fait tiré le portrait sur la ligne d'arrivée par les bénévoles, parce que mes deux copains de galère s’étaient déjà barrés. Eux, des photos de raids, ils en ont déjà pleins leurs albums, ils sont blasés… pas moi. Et puis, parce que ce sera le premier « Raid dans les chemins du soleil » et le dernier !! A l’aube de ma prochaine décennie, je resterai sur cette magnifique et belle expérience.  

Bilan du jour et du raid, pour Antoine, ce fut plus facile que ceux qu’il avait fait précédemment (je n’en ai aucun doute), pour Pédro, une gamelle sur la même épaule (même pas mal), une chaine avec des maillons tout neufs, ce qui lui a fait dire que « à force de mettre des nouveaux maillons, elle est comme neuve » et pour moi, mes objectifs sont atteints. Je suis entier, pas une seule crampe, pas une seule chute (ce qui a fait dire à mes petits camarades taquins, que c’était normal, vu la vitesse à laquelle je roule !!) et j’ai bouclé les 210 km du raid sans faillir. Certes, j’ai maintenant 2 de tension, une batterie au plus bas, mais je suis heureux comme un Pape !! C’est inoubliable et comme dirait Antoine «c’est vachement difficile de l’expliquer à ceux qui ne l’ont jamais fait ». Y suis-je arrivé un peu ??? Dites le moi...  

Une petite dernière anecdote qui a bien fait rire tout le monde. Dans le train du retour, une dame charmante est venue à nos côtés et nous a demandé pourquoi nous avions des vélos dans le TGV. Evidemment, on ne s’est pas privés de lui raconter nos exploits. Elle est restée scotchée devant notre bravoure et m’a regardé en disant « même les vétérans peuvent faire une chose pareille !! ». Je vous jure que c’est vrai…  

Pour les prochains petits novices, je n’ai qu’un conseil à donner, il faut être prêt dans sa tête et dans son corps, pour ce genre d’expérience, parce que c’est tellement fort de passer la ligne d’arrivée, que cela vaut le coût de participer !! Sinon, allez y avec des gars qui l'on déjà fait, ils sauront vous motiver mieux que moi !!! Sachez que l’organisation des Chemins du soleil est vraiment parfaite, dommage qu’ils ne puissent bloquer le soleil au dessus des randonneurs… quoiqu’il semblerait que ce ne soit pas forcément mieux !!  
Pepel,  reporter photographe officiel du Vettac.

 
Une pensée émue pour Lolo dont le corps puis la tête ont lâché

Une pensée amicale pour mes 2 fidèles copains de Raid, Pédro et Toine avec qui j'ai passé vraiment de bons moments de camaraderie et de galère.
 
Pour ceux qui ont tenu bon jusqu'ici, il y aura quelques unes de mes très modestes photos sur le site du Vettac ( http://www.vettac.fr/actualite-vettac/  ) dans quelque temps, mais il y en a des beaucoup plus belles sur le site officiel du raid 2012.


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